ETUDE : Une Française sur deux favorable au délit de non-partage des tâches ménagères

L’idée formulée le 21 mars dernier par Sandrine Rousseau de créer un délit de non-partage des tâches ménagères au sein des couples a suscité nombre de réactions allant de l’adhésion à la colère en passant par la moquerie. Car si le déséquilibre entre femmes et hommes dans l’accomplissement de ces tâches ne peut guère être remis en question, sa judiciarisation a paru pour nombre d’observateurs comme un pas qui ne pouvait et ne devait pas être franchi.

Pourtant, l’étude menée fin mars sur le sujet par l’Ifop pour Consolab montre que les Français sont loin de juger insensée ou iconoclaste la proposition de la candidate malheureuse à la primaire d’Europe Écologie les Verts. En effet, près de la moitié des 1 992 personnes interrogées par l’institut de sondage y sont favorables, 15% des femmes se disant par ailleurs prêtes à déposer plainte contre leur conjoint par trop inactif à la maison.

Si l’inégalité dans l’accomplissement des tâches ménagères pèse lourdement sur la charge mentale des femmes et peut conduire, comme l’indique cette enquête, jusqu’à la rupture du couple, la situation s’améliore lentement mais sûrement au fil des années au sein des foyers français. Quand bien même les hommes rechignent encore la plupart du temps quand il s’agit de mettre la main à la pâte

Délit de non-partage des tâches ménagères : les jeunes femmes disent oui

1- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

Si la proposition formulée par Sandrine Rousseau a été largement brocardée, notamment sur les réseaux sociaux, elle ne semble pas aussi lunaire qu’il y paraît aux yeux des Français interrogés par l’Ifop.  47% d’entre eux adhèrent en effet à l’idée d’un délit de non-partage, dont 10% s’y déclarent très favorables. Une opinion partagée de manière assez équilibrée puisque 50% des femmes et 44% des hommes y sont favorables.

Les plus jeunes sont également les plus enthousiastes : près des 2/3 (61%) des femmes âgées de moins de 30 ans voient cette idée d’un bon œil. C’est 22 points de plus que leurs aînées âgées de plus de 65 ans (39%).  Sur l’échiquier politique, les électrices de Jean-Luc Mélenchon Yannick Jadot et Marine Le Pen y adhèrent à une courte majorité (51%), celles d’Éric Zemmour (36%) et de Valérie Pécresse (39%) étant manifestement plus dubitatives.

Les féministes plus enclines à porter plainte

2- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

Qu’un délit de non-partage puisse être créé, admettons. Mais de là à aller déposer plainte parce que son ou sa conjoint(e) refuse de nettoyer les sanitaires ou passe son tour chaque fois qu’il faut sortir la poubelle, est-ce bien envisageable pour les Français ? Oui pour 14% des personnes interrogées, avec un équilibre presque parfait entre les femmes (15%) et les hommes (13%).

C’est chez les femmes s’affirmant comme étant « très féministes » que la disposition à se rendre au commissariat ou à la gendarmerie en pareilles circonstances est la plus élevée, plus d’1 sur 5 (21%) se disant prête à franchir le pas contre 13% chez celles qui se disent « non féministes ».

La sensibilité politique influe grandement sur la possible prise d’une telle initiative : les électrices de Yannick Jadot sont 5 fois plus nombreuses à être prêtes à franchir le pas (30%) que celles qui glisseront un bulletin en faveur de Valérie Pécresse (6%).

Une situation qui pèse sur le couple…

3- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

Élément prépondérant de la charge mentale subie quotidiennement par la gent féminine, le non-partage des tâches ménagères pèse considérablement sur la vie de couple. Ainsi, plus de 4 Françaises sur 10 (42%) ont déjà eu envie de partir quelques jours en laissant leur conjoint se débrouiller avec vaisselles, lessives et autres repassages, 14% d’entre elles l’ayant très sérieusement envisagé. Si près de la moitié des femmes ont déjà eu cette tentation, c’est toutefois beaucoup moins en 2022 qu’en 2005 lorsque 68% étaient dans ce cas.

Parmi les mesures de rétorsion qu’elles pourraient prendre pour sanctionner un conjoint négligent, plus d’une femme interrogée sur 5 (22%) a déjà eu la tentation de cesser d’avoir des relations sexuelles ou au moins certaines pratiques. Pour 7%, cette « grève du sexe » a même été très sérieusement envisagée.

Lorsqu’un point de non-retour a été atteint sur le sujet au sein du couple, le déséquilibre dans la réalisation des tâches ménagères peut aller jusqu’à la rupture. Plus du tiers des femmes âgées de moins de 30 ans ont déjà envisagé de quitter leur conjoint pour cette raison, une proportion plus élevée que pour l’ensemble des Françaises (22%, dont 10% y ont très sérieusement pensé). C’est chez les électrices de la gauche radicale que les chiffres sont les plus forts (42% ont déjà envisagé de quitter leur conjoint).

…et peut conduire à la rupture

4- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

16% des Françaises disent que le non-partage des tâches ménagères a joué un rôle dans la rupture de leur couple, dont 4% que cela a été déterminant. Plus autonomes, notamment sur le plan financier, les femmes cadres sont les plus nombreuses à avoir déjà franchi le pas, un tiers d’entre elles (32%) indiquant ce facteur comme ayant été important dans leur décision de quitter leur conjoint.

57% des femmes en font plus que leurs conjoints à la maison

5- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

C’est un fait, la part des tâches ménagères qui incombe aux femmes reste bien plus forte que celle assumée par les hommes au sein du couple. Plus de la moitié des Françaises (57%) estiment en faire plus à la maison que leurs partenaires, ces derniers leur donnant globalement raison puisque seulement un homme sur six (16%) assure être plus actif en la matière que sa conjointe. Là encore, la sensibilité politique conditionne des résultats très différents : quand 30% des électrices de Yannick Jadot estiment qu’elles sont plus actives que leur partenaire, les trois quarts de celles de Valérie Pécresse (77%) et d’Éric Zemmour (73%) font ce constat.

Une évolution lente mais réelle

6- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

Génération après génération, les choses semblent pourtant évoluer positivement, même si cette progression semble bien lente aux yeux de celles qui assument seules ou presque les tâches ménagères du foyer.  56% des femmes interrogées estiment ainsi que leur conjoint est plus impliqué que ne l’était leur propre père quand 10% jugent qu’il en fait moins.

Quand les hommes s’activent, c’est souvent à contre-cœur

7- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

S’ils participent globalement à de nombreuses tâches ménagères, les hommes ont selon leurs conjointes une nette tendance à les éviter ou bien à les exécuter en rechignant. Si près de 9 hommes sur 10 (91%) sortent par exemple les poubelles, seulement 10% le font « de bon cœur ». Quant au repassage, il reste, et de loin, l’activité la moins assumée à la maison par la gent masculine puisque moins d’un tiers (31%) des hommes s’empare du fer, non sans avoir essayé de l’éviter pour 19% d’entre eux.

8- Ifop pour Consolab - Français et tâches ménagères

L’accomplissement de certaines tâches par les hommes évolue tout de même favorablement au fil des années : seuls 17% d’entre eux ne cuisinent pas en 2022 alors qu’ils étaient 34% en 2005. Et aujourd’hui, les hommes qui ne lavent jamais les sanitaires sont minoritaires (45%) par rapport à ceux qui s’y collent régulièrement ou ponctuellement, alors qu’en 2005, 59% refusaient systématiquement

Enquête menée par l’Ifop pour Consolab du 28 au 31 mars auprès de 1 992 personnes (dont 1 297 vivant en couple sous le même toit que leur conjoint) représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus.

Les résultats complets de cette étude sont disponibles ICI.